
Gustave était le deuxième enfant de mes parents.
Comme tel, comme dans toutes les grandes familles de culture noble, il devait se destiner à la religion. Vu son égocentrisme, sa fatuité, sa immense vanité, son individualisme, son avarice et son âpreté au gain, il avait de grandes aptitudes pour se tourner vers les ordres religieux.
Il passa une enfance et une scolarité sans éclat, ponctuées seulement de ses éternelles pleurnicheries sur lui-même, sur le fait que les gens, et surtout ses parents, ne le reconnaissaient pas assez comme un demi-dieu. Cela se traduisait par de fréquentes maladies imaginaires (son foie si fragile, son dos qui le faisait tant souffrir). Il atteignit enfin le degré symbolique de séminariste, comblant d'aise sa maman, grenouillant avec une telle assiduité dans les bénitiers des alentours, qu'elle avait failli être contactée pour tourner "Le grand bleu,"tant son entraînement à l'apnée en eau bénite était de notoriété publique pour cette vraie grenouille de benitiers.
Fort de cette étiquette de semi prélat, Gustave commença à donner des cours de soutien pendant les vacances, à des enfants issus de familles proches de la notre, c’est-à-dire de familles aisées. L'argent ainsi recueilli au noir, épanouissait Gustave, mais le rendait angoissé par la crainte de le voir disparaître Je me souviens plusieurs fois d’avoir entendu mon cher frère, accuser les bonnes et autres gens de maison de lui avoir volé “ses sous” qu’il amassait précieusement. Il en cachait partout, sous les tapis, sous son lit, dans sa penderie, dans des boiseries et parfois oubliait l’endroit où il cachait ses billets. Cela déclenchait sa colère et accusations de vol qu’il proférait à l’encontre des petites gens attachés au service de la famille. Ces employés ne pouvaient être que des crapules à l’affût de son "cher" magot. Bien sûr, ce ne pouvait être une erreur de “sa sainteté”, c’était toujours la faute des autres, à commencer, par les basses couches du niveau social. Au bout de quelques jours, il retrouvait son argent, dans quelques coins qu’il avait oublié et, souriant, il nous annonçait qu’il avait retrouvé son pactole, s’excusant lui-même de son erreur, oubliant simplement que pendant des jours, voire des semaines, il avait accusé le “personnel” de l’avoir volé.
Il était très proche en âge et en turpitudes de la première des filles, Marie-Madeleine. Celle-ci, assez limitée intellectuellement, ne faisait que des âneries, plus ou moins graves. Gustave le manipulateur, jouant les maîtres à penser, tentait de l’excuser ou de la dédouaner, alors qu'il était souvent l'instigateur machiavélique de ces bêtises
Je pense que Peyo lorsque’il a inventé le schtroumpf à lunette pensait à quelqu’un comme Gustave. Mais Gustave est plus, avare, prétentieux, imbu de lui-même et méchant. C'est peut être simplement par besoin d'exister qu'il était devenu comme ça, car rien ne voulait le valoriser.
Après le Petit Seminaire de Carcassonne, il rentra au Grand Séminaire à Toulouse, car il prétendait avoir ressentie la vocation pour devenir prêtre. Mére etait aux anges, de voir son grand fils enfiler la robe. Mais là, des affaires troubles semblent avoir eu lieu, avec certains séminaristes, amis de Gustave. Ils confondirent soudain adoration platonique de la sainte vierge et découverte de la brune hetaïre, aux charmes concrets qu'etait devenue la petite soeur de leur collègue, le fervent Gustave. Ce "trouble à l'ordre biblique" dans un lieu de si grande piété et chaste couveuse à vocations, provoqua la colère de la part de mes parents, et particulierement de ma mère, honteuse de tant d'indécence. Gustave profitant de ces problèmes eut l’occasion d’attaquer ma mère pour sa méchanceté, à travers de longues lettres envoyées à sa soeurette. Puis, comme il commençait à être formé à la dialectique religieuse il s’employa à écrire des lettres à ses parents et à sa soeur où, en apprenti jésuite, partant des turpitudes de Marie-Madeleine, il se présentait en martyr, victime de la méchanceté et de l’incompréhension de ses parents, tout en n'oubliant pas de se plaindre en sus, encore et encore, de son mal dos, de son foie et de tant d'autre choses qui le faisait grandement souffrir. A le lire, c'était un éternel calvaire qu'il subissait ! Peut être se prenait t'il pour un nouveau Christ faisant son chemin de croix afin de poser les bases de sa religion ?
Ensuite, Gustave joua les conseillers matrimoniaux religieux, quand sa soeur Marie-Madeleine trouva enfin un fiancé, qui paraissait à peu près potable, et le présenta à ses parents circonspects, refroidis par la valse des fiancés potentiels. Ce directeur de conscience auto proclamé, évalua le nouveau fiancé, son passé religieux, celui de sa famille et des présumes amis. Cela coinça un peu, car le fiancé n'était pas pleinement religieusement reconnu. Mais tant pis, il fallait caser la Marie-Madeleine rapidement avant quelques folies. Dans ses lettres Gustave pressa ses parents d'accepter, moyennant une longue retraite religieuse imposée au futur couple. Harpagon ébloui et alléché par la richesse de sa future belle famille, s'acquitta benoîtement de sa tache de futur gendre convenable, assura par lettre que ses relations avec la future fiancé n'était que platonique, et l'affaire fut conclue, oint de la sainte bénédiction de Gustave
Un événement important se produisit alors dans sa vie : son service militaire. La France était en plein conflit algérien, et les appelés devaient aller faire leur service militaire durant trente-six mois en Algérie, alors département français. Encore une des absurdités de nos politiques très créatifs dans ce domaine. Il fallait à tout prix protéger les fortunes de certains gros colons, exploitant souvent les autochtones comme du bétail. La France sortait du conflit qu’elle avait honteusement et betement perdu en Indochine et nos chefs militaires voulaient redorer leur blason terni par tant d'erreurs. Des centaines de milliers de vie avaient été perdues de par la faute et l’incapacité des politiques et des bureaucrates. Comme d’habitude ce furent des soldats qui en payèrent les conséquences, payées en liquide par des millier de litres de sang épandus vainement sur des terres lointaines. Ceci toujours pour protéger les intérêts pécuniaires de la nomenklatura locale et de gros intérêts financiers de groupes métropolitains En Algérie, département français, ce fut le même scénario qu'en Indochine, mais ici, contrairement à l'Indochine, on fit appel au contingent des appelés du service militaire obligatoire, pour seconder les soldats de métier. Des grands noms de la république couvrirent leurs mains de sang afin de protéger les fortunes de ces quelques colons et profiteurs esclavagistes. N’oublions pas que Mitterand fut l'un des ministres de la guerre à cette époque sombre, et non l'un des moins actifs dans la repression contre ces gens qui souhataient etre reconnus comme l'egal des travailleurs Français, ce que ne voulaient pas les gros colons. Mitterrandavait déjà été salarié de préfecture sous le régime de Pétain et de Vichy. On vit, sous la présidence du général De Gaulle, le ministre Louis JOXE signer une lettre avalisant de fait le génocide des Harkis, : En interdisant de les rapatrier en France comme les Pieds Noirs, ceci avec la bénédiction du gouvernement français, il les livra sans défense à la vindicte sauvage des fellaghas du FLN algérienne et autres. Ceux-ci les égorgèrent en masse, systématiquement, les torturèrent et violèrent, sans que ces assassinats devenu genocide de fait, n'émeuvent les peuples civilisés. Ce génocide des Harkis par le FLN algerien fut longtemps étouffé par les gouvernements français et algérien complices dans la turpitude.
Mon frère Gustave devait donc partir trente-six mois pour défendre les intérêts de la France. Aucune raison physique ne pouvait justifier son exemption du service militaire. Il lui fallut partir, et Gustave "monta" en Allemagne, où pendant près de 2 ans il fut le chauffeur d’un capitaine des troupes françaises d'occupation de l'Allemagne. Ce n’est que bien plus tard que j’eus l’explication de ce qui semble être un passe-droit. Dans les affaires de mon pére, à sa mort, je retrouvais une lettre de Gustave à mes parents, dans laquelle il demandait de remercier “Oncle Henri” pour son intervention, auprès de ses amis politiques. Mon oncle, conseiller général et maire MRP, avait quelques amis politiques assez haut placés, qui jouérent de leur influance pour eviter d'exposer Gustave à la vindicte du FLN... Ainsi Gustave ne fit qu’un an sur trois en Algérie, et dans un régiment de hussard, c’est-à-dire de blindés, donc à faible risque face aux couteaux ou fusil de chasse des terroristes du FLN algerien.
Ce fut quand même une expérience traumatisante car, au retour, au grand dam de ma mère, Gustave annonça qu’il ne voulait plus être prêtre. Cette forfaiture dans les règles de la noblesse, dont s’enorgueillait ma mère, augmenta la fracture entre Gustave et sa mère. S’en suivit une période assez longue pendant laquelle ma mère “casa” son fils indigne chez sa soeur religieuse. Il fut nommé “homme à tout faire” dans un institut d’aveugles dont elle était directrice. La honte pour lui qui se voyait cantonné aux basses besognes indignes de sa “seigneurie” et l’auto-flagellation pour ma mère qui pouvait ainsi expliquer à ses amies dans quelle errance était tombée ce fils qu'elle destinait à la religion. Cela en était fini de la tradition familiale... Il était loin ce 28 janvier 1077 où l'un des ancêtres de ma mère, représentant le pape Grégoire VII, recevait à Canossa la soumission de l'empereur du Saint Empire Germanique, Henri IV, après l'avoir obligé à rester 3 jours, les pieds nus dans la neige, en robe de bure, à se geler ses royaux arpions ! Les traditions de famille se perdent, Gustave ne respectait pas la coutume familiale d'être au service de la religion. Concernant ce fait historique de Canossa, plus tard, dans ce même lieu, au nord de l'Italie, un chanteur français, Guy Béart, retrouva dans la neige deux souliers qui se regardaient, ce qui me fait penser qu'Henri IV avait triché prés de 1000 ans auparavant : cet auguste tricheur avait simplement caché ses souliers dans la neige, le froid cachant la probable odeur de fauve, issue de ses chausses impériales, qui aurait pu le dénoncer !
Ne voulant plus embrasser la religion, Gustave, en grand boutonneux, chercha à embrasser quelque chose d'autre. Il s'enquit auprès de ses cousines des tenants et aboutissant de la chose. On lui expliqua qu'il serait de bon ton maintenant, de se marier. Mais ou trouver l'oiseau rare ? Alors la machine à marier des cousines, se mit en branle. Il faut expliquer que dans la famille de ma mère, on est marieuse de mère en fille, afin d'éviter toute mésalliance dans la noblesse et surtout veiller à l'augmentation du capital matrimonial. Dans les temps anciens, les hommes de la famille faisaient la guerre pour agrandir leurs possessions terriennes et les mères complotaient pour trouver de bons partis à leurs filles, afin d'arriver au même resultat. Les cousines se mirent donc en quête d'un bon parti. On lui trouva une vieille fille infirmière, peut être même vierge, dont la famille, bourgeoise et pieuse, recherchait quelques terres pour s'allier avec les leurs. Cette fille de viticulteur, s'appelait Léonie Le Pichet ! On ne peut l'inventer, son nom la prédestinait à boire jusqu'à la lie, la coupe avec mon frère ! Les cousines firent la jonction entre les futurs amoureux, brûlant d'une passion qu'on venait de programmer. On expliqua à Gustave que c'était bien de trouver quelqu'un du même milieu, la bourgeoisie viticole, qu'ils pourraient même envisager d'avoir trois ou quatre enfants ensemble, pas plus car maintenant cela "coûtait" bien assez cher. L'aînée des cousines expliqua à Gustave que c'était bien d'avoir recours à un mariage arrangé, car elle même, venait d'épouser un médecin, qu'on lui avait ainsi présenté, et que maintenant elle s'y faisait bien. Le mariage, ce n'est pas, comme dans les livres, le fol amour, mais juste des convenances et surtout un bon arrangement financier ! C'était seulement cela qui comptait en ce monde guindé ayant l'argent pour snobisme. Gustave, très fier du résultat de sa pèche, alla trouver ses parents afin d'avoir la permission de remonter sa proie, conquise de si haute lutte. Là, catastrophe, Léonie avait 4 ans de plus que Gustave ! La mère de Gustave monta sur ses grands chevaux, offusquée, d'abord qu'on ne l'ait pas tenue au courant de cette chasse, et surtout, de voir coller à son rejeton une vieille fille rabougrie ! "Une femme vieillit bien plus vite qu'un homme" lui dit elle, " quatre ans d'écart c'est irresponsable " ! On téléphona au docteur de la famille, notre oncle, afin de le lui faire confirmer la chose, on inventa une maladie héréditaire à Léonie, on l'affubla presque d'un bavoir virtuel, car une vieille fille ça bave beaucoup, c'est connu, bref, ce fut un veto ferme et définitif qu'on lui signifia. Le rêve Léonie sombra comme le Titanic, plus vite que construit. Rien n'y fit, ni les vertes remontrances de sa soeur, ni les pieuses plaidoiries d'abbés amis de Gustave, mère fut intraitable : pas de cette Léonie collée à son rejeton comme une méchante toile d'araignée ! On ne sait jamais, des fois qu'une vieille fille ne sache que faire de vieux bébés comme descendants, et qu'il faille prévoir des maisons de retraites en sorties des maternelles !... Gustave, se voyant déjà très mal embarqué dans cette affaire compliquée de mariage, fut fort content du veto maternel qui lui retirait une grosse épine du pied. Il s'exécuta, écrivant une lettre de rupture à l'aimée, et oublia le rêve. Léonie Les cousines vexées, s'offusquèrent à grands cris, les amis curés tancèrent Gustave, les maris des cousines hurlèrent leurs désaccords en coeur, mais, en bon toutou servile, la queue entre les jambes, Gustave se soumit au dictât parental. Cependant, une sombre idée germa peu à peu, dans son esprit manipulateur. Et si il échangeait son apparente soumission, contre un gros cadeau, comme ce chalet à la montagne, dont il rêvait ? Un chalet, c'est mieux qu'une femme qui sans arrêt jacasse, crie, dépense, râle, boude ! Un châlet cela se valorise evec le temps, contrairement à une femme. C'est bien moins onéreux à entretenir car moins dépensier, et moins bruyant pour les longues soirées d'hiver, ou l'on regarde passer le temps, comme les vaches regardent passer le train ! Mais patience, l'heure n'était pas encore venue. On n'entendit plus parler de Léonie le Pichet, qui, la pauvrette, due déborder de larmes, comme une pauvre cruche ébréchée, jetée dans la poubelle de l'oubli par un espoir dont elle avait soudain rêvée, au coeur de son printemps automnal. Mais elle ne savait pas la froide et triste grisaille à laquelle elle venait d'échapper...
Quelques autres tentatives de mariage furent essayées, "à l'insu de son plein gré", par une tante voisine, puis par une autre de ses cousines snobs, ce qui mettait Gustave en furie contre ces vieilles marieuses, baveuses et assidues. Cependant, la tentative qui me fit le plus rire, fut la malheureuse tentative de ma soeur Marie-Madeleine et de son mari, qui essayèrent de faire “rencontrer” Gustave avec la plus jeune soeur de celui-ci, enseignante très "libérée", voire délurée. Cette affaire le mit hors de lui et s’en suivit une rupture immédiate et rageuse, des relations entre Marie-Madeleine et Gustave. De toute façon, il était clair pour moi que Gustave ne pouvait se marier, car il était trop avare pour partager quelque chose avec quelqu'un, et surtout pas sa vie.
On était en 1964, en 1966 Gustave commença à parler de revenir du Maroc ou il enseignait, pour s'installer en France. En 1967 il acheta deux terrains agricoles à Bezins Garreaux. En 1968 il s'y faisait construire un chalet payé par ses parents, apitoyés par ses pleurnicheries continuelles et les remords qu'il savait suggérer Mais l'argent fut pris sur les fonds de fonctionnement de l'entreprise viticole paternelle, ce qui devait contribuer à casser son fragile équilibre financier. Mon frère, à son habitude, mit tout le monde à contribition pour s'occuper de cette construction. Le frère ainé de Gustave fut prié d'aller voir et faucher l'herbe de ces terrains. Son beau frère Harpagon, l'econome, toujour serviable quand il s'agissait d'argent, fut chargé de s'occuper de la gestion financière et du suivi des travaux. Le regisseur du domaine de saint Geniès, qui savait travailler le bois, fut prié de cesser toute activité agricole afin de façonner porte et fenêtres de ce chalet, en bois nobles, et de les y ajuster. C'est Titine qui dessina les moulures de la porte d'entrée scultée par le regisseur. Deux employés du domaines furent dépéchés afin de faire des plantations. Mon père recevait et payait les factures. Je fus demandé pour y étaler le vernis protecteur pendant mes vacances scolaires. Lili fut mandé afin qu'elle puisse jauger de l'aptitude à la mondanité de cette construcion et du bon agencement des meubles donnés par ma mère. Titine fut à nouvean requise afin d'aider à choisir l'emplacement des 12 grands tapis de haute laine que Gustave avait recupéré au Maroc. Enfin ce fut l'oeuvre de tous, sous la houllette de Gustave et pour le bonheur de sa seigneurie, lui qui avait mal si au foie, si mal au dos, qui ne pouvait pas s'occuper de cette construction, lui qui avait tellement à faire en tant qu'enseignant.... Ce fut en particulier dramatique pour mon père, gravement malade, qui, pendant de longs mois, se retrouva sans personne pour faire marcher son exploitation déja économiquement fragilisée. Pourtant à cette même époque Gustave, Titine et Lili dans leurs lettres, parlaient de la santé declinante de mon père, de son état de fatigue grandissant, mais pas un ne tentat de l'aider, se faisant seulement du souci pour leur heritage qui risquait de se dévaluer. Ils poussaient ma mère à prendre les renes de l'exploitation, en esperant qu'elle vende vite tout, pour leur partager enfin les sous !
Comment Gustave s'était t'il retrouvé enseignant ? L’enseignement étant plus valorisant pour l'ego de Gustave et surtout moins fatiguant, Gustave décida de s'y consacrer. Mais il n’avait pas les diplômes et comme c’était encore le temps des “colonies”, il partit comme coopérant enseignant au Maroc, ancien protectorat français. Ainsi il fit un grand bon en avant dans l'échelle sociale, passant du statut d'homme à tout faire chez les religieuse, à celui de "maître à penser" pour les indigènes locaux, ayant même un "boy" à son service. Peut-être ma mère espérait-elle en secret que Gustave, après le contact de ma tante religieuse, puis du soleil de feu du Maroc, reprenne le droit chemin qui conduisait à Dieu. Ma mère, qui avait perdue la sienne à 5 ans, emportée par une tuberculose qu'on ne savait pas encore soigner, avait été élevée par la deuxième femme de mon grand père. C'était une très proche cousine du Père De Faucauld, le saint ermite du désert, et ma mère fut baigné par ses lettres, ses écrits, son histoire et son exemple, durant son enfance et son adolescence. Elle pensait et espérait que le "désert", qu'elle assimilait au purgatoire, avait des vertus purificatrices sur les êtres, et serait susceptible de montrer à ce fils indigne, la voie qui le mènerait à une redécouverte de la vraie foi chrétienne, comme cela avait été le cas pour le Père De Foucauld !
Au Maroc, Gustave retrouvait une place reconnue dans la société. Dans ses lettres mielleuses et stéréotypées, hormis ses sempiternels ennuis de santé et ses habituelles circonvolutions hypocrites, il nous parlait du roi Assan II, qu'un tel connaissait, de mr X ou Z, proche d'un ministre local, de gros industriels dont il se prétendait ami ou invité, nous donnant tout le temps l'impression que "sa seigneurie" était proche des dirigeants de cet ancien protectorat. Je me demande même si, se sentant loin de toute civilisation et avec condescendance, il ne se faisait pas appeler "Bwana" par les indigènes locaux à qui il amenait, tel un nouveau missionnaire, sa part de la précieuse manne de la civilisation.
Monsieur, fier de ses boys et de ses gens de maison au Maroc, retrouvait ses goûts de prélat servi par le bas peuple. Quand il arrivait en France, nous devions tous être ses esclaves y compris, les ouvriers du domaine de mon père. Une fois par an, au trois longs mois des vacances d'été, il venait nous voir au volant de sa “2 cv” jaune soufre qu’il faisait ainsi réparer et repeindre aux frais de mon père. Il donnait des ordres afin que tout soit prêt quand il arriverait. Les ordres étaient formulés très “enveloppés” de circonvolutions afin de ne pas paraître trop sec : “s’il vous plaît, si cela ne vous dérange pas, pourriez-vous envoyer Gaetan pour dire à Dominique (le mécano habituel de l'exploitation) qu’il faudra me refaire le moteur de la 2 cv, modifier le pare-choc et si, c’est possible, refaire ceci ou cela....”. Bien sûr, l’esclave Gaetan était toujours là pour le servir et mon père pour payer, car on devait bien à sa seigneurie la reconnaissance due à son rang retrouvée, exacerbée par son neo-colonialisme revigoré.
Par le biais des facilités offerts aux coopérants français, comme l'administration d'alors estimait qu'après avoir enseigné aux indigènes était un bon apprentissage pour devenir enseignant, au bout de quelques années, Gustave pu intégrer l’Education Nationale française et demander un poste en France. Il fut d’abord envoyé dans les Alpes, près de Thone, puis enfin dans les Pyrénées, à Luchon. Entre-temps, à force de pleurnicheries, et alors que les finances de l’exploitation viticole de mon père étaient en zone rouge, non par ses productions viticoles, mais financièrement parlant, Gustave décida ma mère à lui faire construire un chalet. Ceci sur des terrains agricoles qu'il avait acheté à Bezin Garraux, près de Saint Béat dans les Pyrénées centrales. Ceci mit en très grande difficulté l’exploitation viticole de mon père, car cet argent fut pris sur la trésorerie de l'exploitation qui ne devait pas s'en remettre. Je n’ai jamais compris la démarche de ma mère cherchant à privilégier un enfant qui n’était pas dans le besoin, qui n’avait aucune charge de famille et qui n’avait jamais rien fait pour aider mon père ni ma mère. Je pense que ma mère fut abusée par les pleurnicheries de ce manipulateur, qui jalousait son frère aîné qui venait de recevoir en heritage, une petite propriété qu'il travaillait. Peut-être pensait-elle ainsi s’amnistier, car au fond d’elle même, se sentait-elle coupable de l'abandon par Gustave du service de la religion, et du gros sacrifice qu'elle avait imposé à ce fils, en s'opposant à son union avec Léonie Le Pichet. Elle s'en voulait beaucoup surtout vis-à-vis de sa noble famille, vis-à-vis de sa soeur religieuse de haut rang, comme il sied à une enfant de la vraie noblesse d'épée, dont le blason de famille orne la salle des croisades du château de Versailles, en remerciement des services rendus par les siens, chevaliers ou religieux, lors des différentes Croisades.
Les preux chevaliers de notre famille durent encore frémir de honte sous le marbre blanc de leurs dalles funéraires, car Gustave, lors du partage de la succession de ses parents, fit une chose impensable : il nia avoir reçu ce cadeau princier, et tenta de camoufler cette avance d'hoirie du chalet que lui avait fait mes parents ! Pour cela il s'était entendu avec Lili, qui, en échange de la signature de Gustave dans ses propres combines successorales, fermait les yeux sur cet "oubli" !
Pour "rembourser" ce chalet, du moins à ce qu'il pretendit, il dit qu'il envisagea de partir enseigner au Laos. Une enseignante solitaire tentait de l'y embarquer. Il se fit plaindre puis se laissa facilement convaincre de ne pas aller dans ce pays en guerre, surtout avec une personne de sexe opposé, dont il n'etait pas sur des sentiments, et qui pouvait davantage être attirée par ses sous que par lui même. Sa soeur Marie-Madeleine, l'en dissuada facilement, d'autant plus que ses parents lui avaient "donné" ce chalet, comme le lui certifia sa soeur Marie-Madeleine!
Gustave, installé dans son chalet, que j'avais passé une part de mes vacance à vernir et arranger son intérieur... Gratuitement bien sur, comme il sied à un esclave! Intronisé enseignant à Luchon, possesseur d'un beau chalet, il pouvait enfin pavaner au milieu de ses pairs, regardant de haut le bas peuple inculte.
Lors d’un repas de famille il nous expliqua comment il arrondissait ses fins de mois, toujours dévoré par l’appât du gain : au début de l’année scolaire lorsque les élèves remplissaient leurs fiches personnelles, il repérait les enfants de commerçants aisés et de notables et au premier trimestre leur mettait de mauvaises notes. Alors, vers Noël les parents affolés venaient lui demander conseil. Et Gustave, condescendant, proposait de leur donner des leçons particulières, bien sur payantes. Au deuxième trimestre, il augmentait les notes ainsi qu’au troisième trimestre, et aux parents reconnaissants qui venaient le remercier, un cadeau à la main, il répondait : “vous voyez heureusement qu’on l’a fait travailler, sinon il aurait pu redoubler sa classe...” Rigolard il nous le dit sans honte ni remords !
La vie de Gustave se continua tranquille, sans heurts, sans autre Léonie, solitaire et égoïste, entouré de ses seuls centres d’intérêts : l’argent, les vieilles pendules, les vieux meubles et les vieilles dames auprès de qui cet ancien séminariste aimait jouer benoîtement les confidents, surtout quand il y avait quelques vieux meubles ou horloges à récupérer... Jamais nous n'eumes connaissance d’une quelconque activité, car les seules informations que mes parents recevaient, étaient à Noël, une lettre stéréotypée où il passait son temps à se plaindre, toute en passant onctueusement la pommade à ses géniteurs, avec de grands salamalecs dégoulinants de formules de politesses oiseuses. Je sais, par ma soeur Marie-Madeleine, qu’il passait son temps à dire “pique et pendre” sur tout le monde et en particulier sur mon frère aîné et moi qui, nous, nous occupions sans compter de nos parents. Sa jalousie le faisait se gausser de nous, de nos enfants, et du fait que nous étions paysans, donc sans instructions d'après ses critères d'enseignant, qui le plaçaient à un niveau juste en dessous de dieu. A mon mariage je devais le vexer gravement, en lui expliquant qu'il faisait le complexe aiguë de supériorité de l'enseignant. Il devait encore me le reprocher 40 ans plus tard !
Il vendit son chalet, en masquant le prix réel de la vente, grâce à la complicité d'un notaire local, réputé pour aider à frauder le fisc. Avec l'argent ainsi libéré, avec les aides et emprunts pratiquement sans intérêts réservés aux fonctionnaires, il acheta un terrain en bord du lac de Barbazan et s'y fit construire une maison. Elle fut aussi en partie payée par l'argent récolté lors de ses "cours" de soutien scolaires, non déclaré. Peu de temps après, il vendit cette maison, pour s'installer dans le gros bourg de Saint Gaudens. Comme il sentait l'âge venir, qui courbait chaque jour un peu plus sa noire silhouette vers l'ombre froide d'un caveau monoplace, il tenait à se rapprocher des médecins et infirmières. Cet éternel malade imaginaire se sentait devenir beaucoup plus dépendant du corps médical, pour survivre un peu plus, espérant voler quelques heures de sursis, pour son existence terne de solitude égoïste. C'est peut être pour cela qu'il affectionnait tant les pendules anciennes, ventrues et rassurantes, dont le tic tac placide et intemporel, semblait rythmer l'éternité dont il rêvait
Venir voir ses parents, même une fois tous les vingt ans, était une corvée qu’il évitait grâce à ses maladies imaginaires de mal au dos, de foie et d’estomac. Hors lui, sa vie, ses sous, rien d'autre n'existait dans son monde, sur laquel il veillait avec un vieux pistolet automatique Beretta 22 court, confisqué aux terroristes, et ramenée en cachette de son service militaire pendant la guerre d' Algerie.
Je ne vis revenir Gustave que pour enterrer mon père, où sa préoccupation principale, aprés un bref passage au cimetière, fut d'aller vite rencontrer le notaire afin de savoir ce à quoi il pouvait prétendre. Cette visite au notaire le mit en grande colère, ainsi que mes autres frères et soeurs, car il apprirent que par testament mon père avait privilégié mon frère aîné et moi, qui s’occupaient et travaillaient sur les propriétés de mes parents, tout en prenant soins d'eux. Mon père, et plus tard ma mère, reconnurent par testament que seul mon frère aîné et moi-même avions toujours aidé nos parents, soit dans leurs affaires en gérant leurs biens, soit dans leur vie de tous les jours car nous sommes les deux seuls enfants sur les huit à s’être occupés réellement de nos parents, malgré nos multiples occupations tant familiales que professionnelles.
Sur la fin de sa vie ma mère, malade, totalement sous l'influence délétère de Benoite, fit, alors qu’elle n’avait plus toute sa tête, un autre testament en contradiction avec sa volonté toujours affichée. Ce nouveau testament n’est en fait qu’un faux, qu’on lui avait extorqué sous influence, en abusant de son etat de faiblesse, mais il ravit Gustave, car cela pourrait préserver la totalité de sa part d'héritage, gagnée à la sueur du front des autres.
Bien que retraité de l'enseignement, ce qui ne l'avait pas beaucoup fatigué, Gustave ne se dérangea même pas pour enterrer sa mère, réservant seulement sa visite au notaire, afin de savoir ce qu’il allait pouvoir grappiller encore. Ce non-être, égoïste, égocentrique, imbus de lui-même, me semble à lui seul être une explication et une excuse à l’IVG, pour des femmes apeurées d'engendrer un enfant tel que lui.
Alors que j’étais gravement malade, cloué dans un fauteuil roulant, alors que ma mère s'éteignait, par deux fois Gustave se permit de m’insulter au téléphone, m’accusant mensongèrement d’avoir dévalué le capital qu’il espérait recevoir, sans n'avoir jamais rien fait pour le mériter, se contentant depuis toujours de vivre au crochet des gens. Pour mémoire, en trente ans non seulement j'avais sauvé les terres de la famille, mais j'avais multiplié par cent ce capital, que pensait recevoir cet être indigne et trouble.
Gustave est ainsi, les pantalons de golf bien ajusté sur les chaussettes impeccablement tirées, très propre dehors mais cachant un intérieur bien glauque et nauséabond, vous donnant plus envie de vomir que de rêver...
Bref... vous voyez quen frères et surs, la famille ne ma pas gâté, mais on ne choisit pas la zone d'atterrissage ou vous largue la cigogne ....
A suivre et en cours de corrections....
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Le scandale du vin contaminé dans l'Aude !
Magouille du lobby pinardier ? Les consomateurs floués !
Comment des "guerisseurs", soignant par telephone, abusant de la crédulité d'une malade mentale, peuvent laisser crever sans soins des malades dans l'aude.... La justice Carcassonnaise alertée laisse faire..... LIRE :
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